Les TIC dans les universités algériennes,
Réseaux techniques et réseaux sociaux
Par Hocine Khelfaoui
Centre de Recherche en Économie Appliquée pour le Développement, Alger.
Centre Interuniversitaire de Recherche sur la Science et la Technologie, Montréal.
Email hoci_khelf@yahoo.fr
Résumé
Titre : L’usage des TIC dans les universités algériennes, Réseaux techniques et réseaux sociaux
Le dispositif universitaire algérien a bénéficié de l’essentiel des projets consacrés par le gouvernement aux TIC. Malgré un accès appréciable en terme d’équipements et d’informations, ces technologies n’ont cependant que peu transformé les institutions, le travail d’équipe et de mise en réseau s’étant heurtée à des obstacles sociaux que les acteurs concernés, institutionnel ou individuel, ne sont pas intéressés à lever. L’analyse proposée, qui s’appuie sur le niveau d’équipement et les usages qui sont faits de ces technologies, montre comment les pratiques en cours ont détourné, en leur assignant un usage individuel plutôt que collectif, informationnel plutôt que communicationnel, l’essentiel des synergies sociales attendues des TIC. Dès lors, ces technologies se trouvent insérées dans un système qui en est en quelque sorte le négatif, étant fondé sur la rétention de l’information locale et l’obstruction de la communication, sur le cloisonnement des individus et la hantise des réseaux professionnels.
Abstract
Title: The use of the TIC in the Algerian universities, technical networks and social networks
The Algerian academic device profited from the main part of the projects devoted by the government to the TIC. In spite of an appreciable access in term of equipment and information, these technologies however little transformed the institutions. The setting team work and network, main function of the TIC, ran up against social obstacles that the actors concerned, institutional or individual, are not interested in raising. Analysis proposed, which is based on the level of equipment and the uses these technologies are made, shows how the current practices diverted these technologies of their finalities. The function assigned to them, individual rather than collective, informational rather than communicational, reduced considerably the expected social synergies of the TIC. Consequently, these technologies are inserted in a system which is to some extent the negative one. A system founded on the retention of local information and the obstruction of the communication, on the insulation of the individuals and the obsession of the professional networks.
Introduction
La construction du savoir scientifique a de tout temps reposé sur la communication, et on peut supposer qu’il n’y a guère de savoir, là où il n’y a pas communication. Ainsi, on ne peut séparer la massification de l’information, de l’intensification des activités de recherche scientifique et de l’émergence de la société des réseaux et des savoirs, trois phénomènes concomitants et liés les uns aux autres. L’intensification des activités de recherche et l’émergence de la société des réseaux et des savoirs dépendent cependant, comme l’ont montré de nombreux auteurs (de Rougemont, 1989, Castells, 2001, Ansart, 2002), de la capacité de transformer les données en informations et celles-ci en savoirs. Ajoutons que cette transformation de l’information en savoir dépend principalement de la communication, que l’on peut ici définir comme le résultat d’un échange d’informations, intelligibles pour chacun des échangistes, négociées ou consensuelles.
La communication devient ainsi un fait social, de dimension relationnelle, liée à la capacité d’échange et de partage de l’information. De la même manière qu’« il n’y a pas de société sans communication » (Wolton, 2001), on peut affirmer qu’il y a encore moins de savoir sans communication. À plus forte raison lorsqu’il s’agit de savoirs technologiques, dont la production et l’appropriation sont d’essence davantage sociale qu’individuelle, comme l’a montré la sociologie des technologies. L’information et ses supports techniques ne sont donc que des conditions, qui peuvent être nécessaires dans certaines situations, mais qui restent toujours insuffisants pour assumer toutes les dimensions de la communication. La technique peut intensifier la communication lorsque le contexte socio-politique s’y apprête, mais n’en est ni la cause, ni la source. Si les TIC, Internet en particulier, ont bouleversé le paradigme de la communication scientifique, ce n’est pas tant en ouvrant de nouvelles formes de communications, qu’en densifiant les canaux et en éliminant les principaux obstacles naturels qui les handicapaient jusque-là, la distance et le temps. À l’inverse, les TIC agissent en elles-mêmes peu ou pas sur les obstacles sociaux de la communication, lesquelles réduiraient leur apport à un simple accès individuel à des données, à la qualité et aux sources souvent douteuses, sans guère de portée sur l’action sociale. Notre hypothèse est ici que le système scientifique algérien, baignant dans un contexte socio-politique peu favorable à la communication, au sens d’échange négocié d’informations, est resté dans ses structures comme sans sa culture, imperméable aux effets des TIC, pourtant largement intégrées aux pratiques individuelles des scientifiques, considérés individuellement. Endiguée à des niveaux strictement individuels, la technique n’a pu incorporer et s’incorporer dans des rapports sociaux et des systèmes organisationnels locaux, et la société n’a pu générer les processus sociaux de son appropriation-réappropriation. Cette intervention propose d’explorer cette hypothèse à travers deux évaluations, celle des modalités d’intégration des TIC dans le système scientifique et celle de capacités de celui-ci à générer, au-delà des flux d’informations, des réseaux sociaux à même de permettre une appropriation collective de ces technologies.
Les TIC dans le dispositif scientifique algérien
Le dispositif scientifique algérien a bénéficié de l’essentiel des projets consacrés par le gouvernement aux TIC. Les trois principaux d’entre eux consistent en une « infrastructure technologique en matière de communication et d’information scientifique et technique »2, une infrastructure de télé-enseignement comprenant les outils de visioconférence, et une bibliothèque virtuelle, ciblant prioritairement les sciences sociales et humaines. Les activités de recherche consacrées aux TIC ont bénéficié d’un financement exceptionnel, à hauteur de 62% de l’ensemble du budget alloué aux filières scientifiques et techniques. Mais, comme pour l’expérience industrielle des années 1970, l’effort financier sera sans commune mesure avec les résultats obtenus. Ces résultats sont évalués à travers la présence des universités dans le web, celui de l’équipement des scientifiques, enseignants et chercheurs, en TIC y compris l’accès à Internet et à ses réseaux connexes.
Quelle est la présence des établissements scientifiques sur le Web et quels sont les effets de celui-ci sur ceux-là ? De manière générale, le nombre de sites Web est passé en Algérie d’environ 700 à la fin de 2002 à 1113 en juillet 2004, d’après le site-portail algeria-guide.com, soit 0,04 sites pour 1000 habitants. Bien qu’insignifiant par rapport à d’autres pays3, on observe que la totalité des institutions d’enseignement supérieur et de recherche scientifique disposent de sites Web. Il en existe 111 au total, soit 31 sites d’universités et centres universitaires, 10 sites d’écoles supérieures, 28 sites d’instituts et 13 sites de centres de recherche. On dénombre également 17 sites dédiés à la recherche scientifique et 2 autres à des associations scientifiques4. Cette présence dans le Web a permis aux universités et aux enseignants d’atteindre une plus grande visibilité nationale et une plus grande présence sur la scène scientifique internationale. Qu’en est-il du contenu de ces sites ? Nous nous y sommes intéressés, à travers un échantillon de quatre des plus grandes universités du pays. Quel type d’informations véhiculent-ils ? À qui s’adressent-t-ils ? Quels usages en est-il fait ?
Un examen de ces sites révèle un contenu qui se limite presque toujours à une présentation sommaire de l’université. Les informations y sont pauvres, rarement actualisées et présentent peu d’intérêt pour les utilisateurs et le public de manière générale. On remarque aussi, et ceci est le résultat d’une évolution récente, qu’en dehors des organigrammes, l’information s’adresse davantage à la fonction recherche qu’à la fonction enseignement. Cette tendance est probablement due aux difficultés qu’éprouvent les universités à offrir à tous leurs étudiants un accès au réseau Internet en un temps suffisant. De ce fait, les TIC ne jouent aucun rôle, informationnel ou autre, en direction des étudiants ; elles sont quasiment absentes sur le terrain des préoccupations pédagogiques au moment où elles suscitent partout ailleurs des débats fondamentaux sur l’éducation, débats qui font rage, par exemple, autour de la possible substitution d’une médiation technique à la médiation humaine dans l’acte éducatif. (Tremblay, 1990; Schneider, 2002).
À l’exception des organigrammes pédagogiques, l’information disponible porte généralement sur les thèmes de recherche en cours dans les universités et/ou sur les programmes de séminaires scientifiques passés ou à venir. Les présentations de ces évènements, quand elles existent, ne rendent pas compte du contenu des communications, et font essentiellement état des auteurs et des titres de leurs interventions. Au moment où cet article est rédigé, les données les plus élémentaires font souvent défaut dans ces sites, comme par exemple un annuaire du personnel scientifique, avec ses spécialités, un compte-rendu actualisé des activités scientifiques et pédagogiques... Les offres de services ou de produits y sont absents et, lorsqu’elles existent, ce qui est fort rare (en dehors des quatre universités, nous avons rencontré des offres d’abonnement pour des revues dans deux centres de recherche), leur acquisition s’effectue par des moyens traditionnels. Le commerce électronique dans le sens de la vente est encore inexistant en Algérie, ce qui conduit à s’interroger sur les chances de succès de l’informatisation d’un secteur, lorsque les autres secteurs d’activité économique, financière, sociale… ne suivent pas. Les TIC, comme l’a montré Castells (2001), constituent un tout avec le système social, ou encore, selon la formule célèbre de Mauss (1968), « un fait social total » ; qu’un chaînon vienne à manquer et la machine entière est grippée.
Le contenu des sites est aussi victime d’une pratique contre-nature, particulièrement enracinée dans les milieux du secteur public, la rétention de l’information. Ce phénomène se manifeste à travers la centralisation des sites, en ce sens où chaque établissement dispose généralement d’un seul site, sans liens avec des sites secondaires de laboratoires, d’unités de recherche ou de départements pédagogiques ; la volonté de contrôler de l’information a fini par l’étouffer. Si la communication est « l’horizon de toute société démocratique» (Wolton, 2001 : 310), elle se heurte ici aux caprices d’une bureaucratie qui n’en fait qu’à sa tête, n’ayant de compte à rendre à personne.
Les services que ces sites mettent à la disposition des utilisateurs n’offrent guère de possibilité d’interactions. Ils se destinent à des utilisateurs passifs, qui interagissent peu ou pas tant avec l’administration qu’avec leurs collègues ou leurs étudiants. Seuls les fonctions primaires du réseau, transmettre une information, du reste sélective lorsqu’elle est locale, sont utilisées. Or, Internet est une technologie comme une autre : elle peut être limitée à la « consommation » d’informations, comme elle peut être appropriée et rentabilisée. Ce dernier cas implique d’en maîtriser les usages, de lui donner un contenu original, sans cesse expérimenté et renouvelé, et qui puisse intéresser des clients. L’accès à Internet, et aux TIC de manière générale, constitue une condition certes nécessaire mais non suffisante à leur appropriation. À défaut d’une dynamique sociale d’appropriation collective, l’accès aux TIC reste au mieux un outil dont l’intérêt se limite à la consommation d’informations produites ailleurs. Conséquence paradoxale de cette situation, avec les TIC, l’accès à l’information locale est devenu encore plus difficile, car c’est autour de celle-ci que les plus importants enjeux de pouvoir et d’intérêt se nouent.
Même si les TIC ont amélioré, comme nous le verrons plus loin, les conditions de travail des chercheurs, ce qu’on vient de voir conduit au constat qu’Internet satisfait surtout aux besoins individuels des enseignants et, dans une moindre mesure, des étudiants : échanges nationaux et internationaux, accès pour certains à l’information scientifique, avec toutes les limites reconnues aux usages généraux de ce média et aux conditions particulières de son utilisation en Algérie. De ce fait, les TIC n’ont fait qu’accentuer l’individualisme et la solitude sociale. Vecteur supposé de communication, elles se sont révélées ici un facteur avéré d’isolement et de cloisonnement. Le souci qui semble prévaloir est davantage d’afficher les universités sur le Web que d’inscrire celui-ci, avec ses ressources et ses potentialités informationnelles, organisationnelles et relationnelles, dans les activités universitaires. On ne voit nulle part dans la démarche d’intégration des TIC, cette fonction de communication « qui permet aux individus et aux collectivités de se représenter, d’entrer en relation les uns avec les autres, et d’agir sur le monde » (Wolton, 2001 : 310).
Réseaux techniques et réseaux sociaux
Nous proposons maintenant d’évaluer l’intégration et l’usage des TIC à travers le niveau d’équipement en matériels et logiciels informatiques et l’accès à Internet et à ses réseaux connexes (Intranet, extranet, logiciel type groupware…). Une enquête, effectuée auprès de 84 chercheurs et enseignants-chercheurs, entre 2002 et 2004 montre que les universitaires et les chercheurs algériens sont étonnamment bien équipés en matériel informatique. Ils disposent presque tous, sur le lieu de travail comme à domicile, d’ordinateurs puissants dotés des plus récents logiciels ; ils ont désormais accès à Internet même si c’est encore dans des conditions parfois difficiles, dépendantes de la qualité du réseau téléphonique local. En technologies à usage individuel (ordinateurs, imprimantes, logiciels…), les chercheurs interrogés sont aussi bien équipés que leurs homologues des pays développés. De plus, la réaction face à l’évolution des technologies paraît bien plus rapide ; une certaine fascination pour les nouvelles technologies, qui fait fit de ses coûts, incite les utilisateurs à intégrer très rapidement les nouveaux outils, et même parfois, avant qu’ils ne se familiarisent avec les anciens ; si cette rapidité d’accès peut s’expliquer par des reproductions illicites pour un certain nombre de logiciels, elle est surtout redevable à l’absence de calcul de rendement et d’amortissement des outils et équipements existants. Par exemple, il nous a été donné d’observer qu’au moment où nombre de centres de recherche canadiens performants utilisent encore le système windows 98, celui-ci a quasiment disparu en Algérie au profit de versions plus récentes ; de même, l’utilisation des mémoires extérieures de type USB à grandes capacités de stockage s’est généralisé en Algérie bien avant qu’elle ne se répande avec la même ampleur au Canada.
Interrogeons maintenant l’usage que les scientifiques font de ces outils. S’agissant du réseau Internet, ses principaux utilisations portent, par ordre décroissant, sur ses fonctions de messagerie, de recherche d’informations, de consultation de base de données bibliographiques et de téléchargement de fichiers ou de logiciels. Les éléments de notre échantillon exploitent assez convenablement les ressources dont ils disposent, mais cette exploitation est là encore bien plus individuelle que collective. Les modalités d’intégration des TIC se fondent sur la neutralisation (ou l’ignorance) de leur dimension communicationnelle ; malgré l’engouement qu’elles ont suscité chez la plupart des professionnels, et l’importance des investissements qui leur ont été consacrés, elles ont apporté peu de transformations, en qualité ou en intensité, aux relations de travail et au fonctionnement du système scientifique. Les échanges et le partage de l’information professionnelle ne sont pas plus de mise après qu’avant l’avènement des TIC. L’accès aux TIC reste d’ailleurs confinées à celles qui relèvent du pouvoir d’achat des utilisateurs directs, ici les scientifiques, ou de leurs employeurs, et dont l’usage est strictement individuel. Les chercheurs algériens sont par contre assez dépourvus en technologies liées à des infrastructures publiques, comme Internet, ou nécessitant une action collective, comme les réseaux Intranet et Extranet. L’accès au réseau Internet, même s’il a fait des progrès indéniables à partir de 2002, reste limité et inégal. D’ailleurs, c’est quasiment sous la pression des catégories professionnelles, des médias et des jeunes, qui font preuve d’un grand engouement pour les TIC, que les pouvoirs publics se sont résignés à développer l’accès à Internet en autorisant la multiplication des providers (Khelfaoui, 2005).
Le maintien des règles traditionnelles de gestion des relations sociales et des rapports de pouvoir prive les organisations scientifiques de l’apport essentiel des TIC, la mise en réseau du personnel. Si les sites Internet se généralisent dans les universités, peu de celles-ci disposent de réseaux informatiques locaux ou recourent aux sites Intranet ou aux plates formes du type « groupware », permettant de passer de la maîtrise individuelle à la maîtrise collective et sociale. Ces outils se heurtent aux obstacles de diverses natures à la diffusion de l’information, à l’intérieur et à l’extérieur des organisations. Intranet et Extranet sont, par exemple, inconciliables avec le phénomène, bien ancré dans les mœurs organisationnelles algériennes, de la rétention de l’information (Khelfaoui, 1999). Même des outils plus simples comme les listes de diffusion, l’affichage électronique et les groupes de news, tout à fait banalisés ailleurs, ne trouvent toujours pas de place dans le fonctionnement des organisations scientifiques. Communément utilisés par les jeunes pour dialoguer ou échanger simplement des blagues, ces outils n’ont pu pénétrer les établissements scientifiques, contrariés par des modes de gestion qui tablent sur l’individu solitaire, plus facilement maîtrisable, que sur des groupes organisés.
C’est pourquoi, malgré un accès appréciable en terme d’équipements et d’informations, ces technologies n’ont cependant que peu transformé les institutions, le travail d’équipe et de mise en réseau, leur contribution essentielle, s’étant heurtée à des obstacles sociaux qu’aucun des acteurs concernés, institutionnel ou individuel, n’était intéressé à lever. Pour les institutions, la mise en réseau professionnel pouvant conduire les activités scientifiques à devenir un facteur socialisation indépendant des réseaux agissant dans le champ socio-politique algérien (politiques, religieux, régionaux, familiaux…). Pour la majorité des individus, la mise en réseau professionnel pourrait les exposer à une évaluation sur la base de critères scientifiques, à l’exclusion des seuls critères qu’ils ont réellement connus — ceux du champ socio-politique —, qui ont régi leur carrière et auxquels ils doivent leur position dans la hiérarchie professorale et sociale.
Conclusion
Comme durant la phase d’informatisation des années 1980 — celle de la généralisation de l’ordinateur avec ses différents logiciels —, l’intégration des TIC opère à des niveaux bien déterminés, ceux qui ne remettent pas en cause les enjeux autour desquels s’est structuré le fonctionnement réel de l’institution universitaire. Ce fonctionnement obéit dans les faits à des règles informelles, qui opèrent à l’ombre d’organigrammes formels en tout point semblables à ceux que l’on observe dans les universités occidentales, notamment françaises. Ce fonctionnement se fonde sur des stratégies individuelles (qu’il alimente à son tour) exacerbées qui se réalisent au détriment des objectifs collectifs et annihilent ce faisant toute synergie de groupe, celle-ci étant le produit d’une communication partagée et négociée. Dès lors, les TIC se trouvent insérées dans un système qui en est en quelque sorte le négatif, étant fondé sur la rétention de l’information (particulièrement, lorsqu’elle rend compte des réalités locales) et l’obstruction de la communication, sur le cloisonnement des individus, plus que sur leur mise en réseaux. L’accès aux TIC, c’est l’accès à une information à la fois sélective et massive, ce qui la rend hors des capacités individuelles d’analyse et de traitement, c’est l’accès à l’information, non à la communication, c’est aussi le refus fait à l’individu d’accéder à sa communauté, de faire corps avec elle.
Pourtant, en Algérie plus qu’ailleurs, on doit se méfier de tout déterminisme technologique, de toute politique limitant l’intégration des TIC à une question d’accès aux équipements. L’expérience d’industrialisation des années 1970, avec ses coûts exorbitants, en a montré les limites. La première leçon de cette expérience stipule que l’accès aux technologies n’en assure pas en lui-même une appropriation et une maîtrise sociale. Pour paraphraser Castells, derrière la puissance instrumentale de la technologie, il y a, et c’est ce qui compte le plus, les formes sociales de son utilisation. L’Algérie, comme tous les autres pays, a seulement besoin de conditions (économiquement quasi gratuites) favorables à la créativité, cette créativité qu’aucune société ne possède en soi plus qu’une autre. Les pouvoirs politiques, accrochés à des intérêts sordides, utilisant à leur profit exclusif le produit de la rente pétrolière, ont réussi à gangrener la société de l’intérieur, à l’émietter et à dresser ses composantes les unes contre les autres. L’usage qu’ils font (et laissent faire) des TIC est entrain de les y aider.
NOTES
1 Cette contribution est tiré d’une enquête co-subventionnée par Aire-développement (Paris) et le CREAD (Alger).
2 Appelé « Réseau de Recherche Académique », ce projet devait mettre en réseau l’ensemble des institutions scientifiques et techniques et les connecter à l’international via une liaison par États-unis et le Canada. D’après la Direction Réseaux et Systèmes d’Information et de Communication, MESRS.
3 Selon le journal économique L’Expansion, se référant au tableau de bord de la science, de la technologie et de l’industrie de 2003, publié par l’OCDE, l’Allemagne est le pays le plus présent sur le Web avec de 85 sites pour 1000 habitants, suivi de la Norvège, avec 66 sites.
4 Sources : www.algerie-guide.com, consulté le 28 juillet 2004.
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